L'année 2025 devrait voir l'arrivée en grande pompe des lunettes connectées sur le marché, à travers une diversité de produits que l'on peut regrouper en 3 grandes familles.
Reste à savoir quel rôle l'opticien va jouer, ou non, dans la distribution de ces nouveaux produits.
Comment se saisir des opportunités de ce marché à la fois jeune et ambitieux ? L'opticien peut-il se retrouver exclu du réseau de distribution ?
Fabricants et enseignes rassurent
Lors de la Transitions Academy, qui s'est tenue début février en Floride, plusieurs fabricants et directeurs d'enseigne se sont exprimés à ce sujet, sur un plateau de BFM Business.
Nous avons repris certains de leurs propos, et nous avons également interrogés directement certains d'entre eux.
EssilorLuxottica
Maristella Rizzo, directrice de la marque Ray-Ban Meta chez EssilorLuxottica constate que ce partenariat avec Meta apporte de grands changements dans leurs domaines respectifs. C'est pourquoi les deux entreprises se sont associés pour « révolutionner l'industrie de l'optique en apportant des avantages et une valeur ajoutée significative aux porteurs de lunettes ».
EssilorLuxottica indique privilégier le réseau de distribution traditionnel, s'appuyant sur les opticiens.
Atol
Éric Plat, président directeur général Atol les opticiens, souligne l'importance de l'innovation pour créer de la valeur sur le marché. Concernant les lunettes connectées, il estime qu'elles représentent une véritable opportunité.
Selon lui, la vraie révolution réside dans les cas d'usage qu'elles peuvent offrir, comme la traduction instantanée ou le guidage des malvoyants dans la rue. Il compare les lunettes connectées à une future plateforme, similaire au smartphone, avec des fonctionnalités qui vont se développer.
Citant les Ray-Ban Meta, Éric Plat se réjouit que cette innovation soit maîtrisée par EssilorLuxottica, soulignant que ces produits sont destinés aux opticiens.
Il rappelle d'ailleurs que la technologie est déjà intégrée dans de nombreux aspects du métier d'opticien, et qu'elle ne représente donc pas un frein dans l'appropriation de ces nouveaux produits.
Optic 2000
Benoît Jaubert, directeur général d'Optic 2000, voit l'arrivée des géants de la tech sur le marché comme une opportunité plutôt qu'une menace.
Il estime que la santé est une préoccupation majeure pour les GAFAM, et que leur implication dans le secteur de l'optique ne fait que renforcer l'importance du travail des professionnels que sont les opticiens.
Il voit dans cette convergence d'intérêts une opportunité de développement et d'innovation pour l'ensemble du marché. Il insiste sur le fait que les opticiens possèdent les compétences nécessaires pour s'approprier ces nouvelles technologies qui constituent un levier de croissance pour tous les acteurs de notre filière.
Krys Group
Sylvain Pierson, directeur de la stratégie, de l'innovation et de la RSE chez Krys Group : « Le marché des lunettes connectées présente un potentiel de développement significatif, malgré son caractère encore marginal aujourd'hui en volume. Les expérience passées, comme les Google Glass, étaient à la fois peu esthétiques et inconfortables, et ont laissé la place à des améliorations indispensables. Actuellement, des produits comme les lunettes Ray-Ban Meta ou Nuance démontrent des fonctionnalités prometteuses.
Les progrès des fabricants, y compris celles de start-up, sont encourageants, et stimulent à la fois la concurrence et l'innovation globale.
Sylvain Pierson @Krys Group
Les opticiens, en particulier en France, peuvent saisir cette opportunité grâce à leur expertise. Toutefois, 2 scénarii sont possibles :
- Un scénario favorable verrait une collaboration entre les fabricants d'électronique et les opticiens pour assurer un confort visuel optimal et une adaptation personnalisée, impliquant une formation adéquate des opticiens.
- Un scénario défavorable verrait l'établissement de standards par de grands fabricants, excluant les petites entreprises et délocalisant les mesures et l'ajustement optique en dehors des magasins traditionnels.
Les enseignes et les opticiens peuvent apporter une valeur ajoutée aux fabricants en testant les produits en conditions réelles sur le long terme et en fournissant des retours d'expérience, jouant un rôle crucial dans la sélection des produits à proposer, et la manière de les proposer aux porteurs ».
Acep Group
Jean-Philippe Sayag, PDG d'Acep Group, estime que d'ici 10 ans, 20 % des lunettes seront connectées et que cette technologie ne peut venir que des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft).
Car pour qu'une lunette connectée fonctionne bien, il est crucial qu'il y ait un écosystème d'applications développées autour de ces produits. Il reconnaît que la tentation des géants de la tech de se passer des opticiens pourrait être grande, mais que cela semble difficile. Il prend comme exemple Amazon qui s'est récemment lancé sur le marché de l'optique en Allemagne, et qui ne propose que des unifocaux en raison du problème de la prise de mesure, entre autres.
Jean-Philippe Sayag, à droite @BFMBusiness
Il note avec intérêt l'attitude de Meta, avec les Ray-Ban Meta, qui a compris l'importance de la compétence des opticiens et passe par ces derniers pour commercialiser ses lunettes. Il insiste sur le fait que Meta a besoin des compétences d'EssilorLuxottica dans le secteur de la lunetterie, et vice versa, car seul Meta peut investir massivement dans la technologie, notamment pour la miniaturisation des composants électroniques.
Reapse Consulting
Valérie Riffaud Cangelosi, PDG de Reapse Consulting, spécialisée en réalité augmentée/mixte : « L'opticien apporte un service de proximité, des conseils personnalisés et une expertise technique indispensables. Son rôle de professionnel de santé qui délivre des équipements optique ne peut pas être facilement remplacé.
Cependant, sur le marché des lunettes connectées, il va falloir s'adapter face aux géants de la tech qui développent - pour certains - des partenariats direct avec des verriers, maîtrisent leur communication et les comportements des consommateurs, et sont en capacité de mettre en place leurs propres réseaux de distribution.
Valérie Riffaud Cangelosi
Face à cette concurrence, l'opticien doit se positionner et s'adapter. Il doit s'ouvrir et se former aux nouvelles technologies. En intégrant par exemple de nouvelles compétences techniques, et en informant les consommateurs sur les avantages et les inconvénients de ces nouvelles technologies. Cela passe aussi par la nécessité de former les étudiants en optique.
Car les lunettes connectées vont se distinguer par leur champ d'action comme la prévention des maladies oculaires, l'amélioration de l'autonomie visuelle ou auditive... La formation continue et l'ouverture à ces nouveautés vont être essentielles pour tirer parti de cette révolution, qui est déjà là et va s'accélérer ».